Modernisation de la Défense : adapter nos armées aux défis du XXIème siècle
Le 24 juillet dernier, François Fillon a présenté les axes majeurs de
la réforme de la carte militaire. Un projet courageux et ambitieux, qui
prévoit d’adapter l’implantation territoriale de nos armées à la
nouvelle stratégie de la Défense pour les années à venir.
«
En matière militaire, rien n’est plus coupable, rien n’est plus
périlleux que l’immobilisme », a indiqué François Fillon lors de la
présentation de la réforme de la carte militaire, soulignant la
nécessité pour l’armée française de ne pas rester sur ses acquis tandis
qu’autour d’elle, le monde change.
C’est donc dans cette logique
d’adaptation que s’inscrit le plan de modernisation de la Défense
2009-2015, portée par le Premier ministre et conduite par Hervé Morin,
ministre de la Défense et Hubert Falco, secrétaire d’Etat chargé de
l’Aménagement du territoire.
Réaliser les objectifs du Livre Blanc
Le
17 juin dernier, le Président de la République a présenté les choix
stratégiques qu’il a opéré à partir du Livre blanc sur la Défense et la
sécurité nationale, qui définit les nouveaux objectifs des forces
armées françaises pour les 15 années à venir.
Ces choix
stratégiques ont été établis en tenant compte d’un contexte mondial
instable et confronté à de nouvelles menaces. Le terrorisme, les
attaques technologiques, la prolifération d’armes biologiques et
nucléaires font en effet partie des attaques qui n’existaient pas il y
a quelques années, et face auxquelles la France doit se préparer.
Pour
cela, le Livre Blanc a choisi de miser sur les activités de
renseignement et de surveillance, sur les capacités de lutte
informatique, sur la dissuasion nucléaire et sur des forces
opérationnelles plus souples, plus mobiles. C’est sur ce dernier point
que se concentre la réforme de la carte militaire, qui vise une
réorganisation efficace de l’implantation territoriale de l’armée
française.
Rendre l’implantation territoriale plus cohérente et plus stratégique
Les
formations militaires installées sur notre territoire sont aujourd’hui
trop dispersées et réparties de façon hétérogène, ce qui nuit à la
capacité opérationnelle de nos armées. Il faut donc regrouper les
hommes et les moyens, pour faire de l’outil militaire un outil plus
cohérent et plus réactif. Ceci implique de fermer certaines
implantations sur le territoire et de reconcentrer les forces sur
d’autres bases.
Concrètement, 83 unités militaires seront
fermées progressivement d’ici 2014, et 33 sites seront transférés d’une
commune vers une autre. « Toutes les mesures de suppression d’unités
visent des unités qui ne sont plus adaptées à la menace d’aujourd’hui »
a précisé François Fillon.
Celui-ci a par ailleurs rappelé les
objectifs du Livre Blanc en termes d’effectifs, qui seront réduits de
54 000 hommes, civils et militaires.
Ainsi, au terme de la
réforme, l’armée de terre comptera 131 000 hommes avec la perte de 20
régiments et bataillons ; l’armée de l’air 50 000, avec la suppression
de 11 bases aériennes ; et la marine 44 000 hommes, après la fermeture
d’une base aéronavale.
Les regroupements d’unités se feront
autour d’une soixantaine de sites militaires déjà existants, qui
verront leurs effectifs logiquement augmenter. Ils se feront également
à partir d’un nouvel échelon de l’administration militaire appelé «
base de défense », chargé de coordonner et de regrouper les moyens
d’administration générale et de soutien au sein d’une zone géographique
déterminée. 11 bases seront expérimentées d’ici 2011, et d’ici 2014, on
en dénombrera 90.
Le Premier ministre s’est dit « pleinement
conscient » de « l’effort exceptionnel » pour les militaires et leurs
familles que représentera cette réforme. Elle est pourtant nécessaire,
pour faire de la Défense française l’une des plus performantes au
monde.
Donner à la Défense française les moyens de ses ambitions
Ce
grand plan de restructuration participe donc d’un objectif d’efficacité
opérationnelle, mais également matérielle. En effet, les bases qui
seront progressivement fermées seront celles qui fonctionnent avec des
moyens obsolètes. « Chacun comprend bien que l’on n’a pas besoin
d’autant de chars Leclerc quand on n’est pas menacé d’invasion sur son
territoire […] On a beaucoup moins besoin d’artillerie lourde » a
expliqué le Premier ministre.
C’est pourquoi les efforts de
réorganisation territoriale seront concentrés autour des bases les plus
modernes en matière d’équipement.
Par ailleurs, les frais de
fonctionnement économisés seront redistribués pour améliorer la
condition du personnel civil et militaire. « Il est temps d’optimiser
les moyens. Je vous parle avec franchise : je préfère une armée
resserrée mais parfaitement équipée et entrainée, qu’une armée
nombreuse qu’on rationne ! » a déclaré François Fillon.
En
effet, l’armée française a connu ces dix dernières années un certain
retard dans le renouvellement de ses matériels et des restrictions
importantes dans le fonctionnement quotidien de ses troupes, notamment
dans leur entrainement. C’est pourquoi le Gouvernement prend la «
responsabilité » de resserrer les forces, mais de mieux les entrainer
et de lui fournir des équipements à la pointe de la technologie.
Soutenir les communes les plus touchées
Parce
que cette nouvelle carte militaire implique un redéploiement des armées
qui modifie l’équilibre économique et social de certaines communes, la
fermeture ou le transfert des implantations militaires seront
compensés. Il est en effet impératif de recréer le plus rapidement
possible une activité économique comparable à celle supprimée.
C’est
pourquoi un vaste plan d’accompagnement a été mis en place par le
secrétaire d’Etat chargé de l’Aménagement du territoire, Hubert Falco.
Il prévoit la mise à disposition d’un total de 320 millions d’euros
pour les communes les plus touchées, et ce à travers des contrats et
des plans de redynamisation.
Ainsi, la trentaine de sites qui
sont les plus concernés par les restructurations bénéficieront d’un
Contrat de redynamisation de site de défense (CRSD), étalé sur 3 à 5
ans. L’Etat consacrera quelques 225 millions d’euros aux CRSD entre
2009 et 2015.
Pour les autres territoires, une enveloppe
spécifique de 75 millions d’euros sera déléguée aux préfets pour la
mise en œuvre d’un plan local de redynamisation.
Parallèlement,
des mesures d’incitation fiscales et des aides à la création
d’entreprises seront déployées pour favoriser l’implantation de
nouvelles activités économiques.
Enfin, un grand programme de
délocalisation des administrations centrales vers ces communes sera
développé dès l’an prochain. « Le Président de la République a décidé
que ces mouvements concerneraient au moins 10% des effectifs parisiens
des différents ministères. Cela représente 5000 postes d’ici 2012 » a
indiqué François Fillon.
Lors de la
présentation du Livre Blanc, le Chef de l’Etat avait parlé de « courage
», celui de « mener à son terme une réforme historique de
l’organisation territoriale de la défense, dont tous expliquaient
qu’elle était impossible ». Il est vrai que la modernisation de nos
armées est une réforme ambitieuse, mais difficile. Il aura fallu le
courage de ce gouvernement pour l’entreprendre et donner à la Défense
de la France les moyens de ses ambitions.